René Depestre et la fable du débarquement armé

mon chapeauDe par sa stature méritée d’écrivain et une amitié de longue date nourrie avec Jacques Stephen Alexis, amitié que conditionnait de toute évidence des rêves communs et leur appartenance à l’idéologie marxiste, que René Depestre, ainsi que vous l’indiquez, ait joué un rôle de premier ordre dans la propagation de cette fable, voilà tout ce qu’il y a de plus concret. De plus évident. Mais par les remarques qui suivent, je vais tenter de faire ressortir qu’il ne mérite aucunement, dans cette histoire, ce crédit  plutôt enviable que, spontanément, on ne se fait nulle faute de lui accorder.

Quelle est la dernière fois qu’ils se sont vus, Jacques Stephen Alexis et lui ? Se sont-ils rencontrés à Cuba, avant ce débarquement ? S’il faut en croire Le métier à métisser, Depestre y est installé depuis mars 1959 (soit moins de trois mois après l’entrée des guérilléros à la Havane) en invité d’Ernesto Che Guevara, nous affirme-t-il. L’invasion de la Baie des Cochons (17 avril 1961) aurait même vu sa mobilisation dans les milices locales. Or Alexis, lui, de retour du congrès des 81 partis communistes et organisations ouvrières (tenu, à Moscou, le 16 novembre 1960) et après un bref crochet à Paris, fait cap , on le sait, vers Cuba où il séjourne un laps de temps. Depestre et lui se sont-ils rencontrés lors? Si oui, en tout cas Depestre n’en dit un traitre mot. Voilà ce que nous donnent à lire les repères biographiques du métier à métisser : «1959-1961. Il arrive dans l’île en invité d’Ernesto Che Guevara, avec qui il s’entretient, à leur première rencontre, durant plusieurs heures : « C’est une révolution socialiste », lui confie le Che, en mettant aussitôt l’index sur la bouche. Il a également des entretiens avec d’autres dirigeants de la révolution, y compris Fidel Castro. Après l’échec d’un projet de « débarquement » en Haïti, il s’intègre fortement à la vie de Cuba, en journaliste, poète, enseignant, homme de radio et d’action.(…) »[p.251] Avons-nous bien lu? De quel projet de débarquement s’agit-il ? Aucune précision chez le charmant et, j’aime à dire, convaincant écrivain.Tentons de voir si ce passage-ci du texte de Jean Jonassaint Le nomade enraciné publié intégralement en annexe du métier à métisser [1] sans commentaire aucun  de Depestre, et jouissant donc, par conséquent, de sa pleine et entière caution,  ne pourrait se révéler à nous d’un quelconque et bénéfique secours ici:

D’abord, le contexte qui l’éclaire: “(…) Pourquoi en 1968, et de la part de René Depestre, se demande le critique, ce Cantate d’Octobre à la vie et à la mort du Commandant Ernesto Che Guevara, un personnage qui malgré les apparences ne jouit pas de toute la sympathie du pouvoir suprême cubain, Fidel ?. Et voici les explications qu’il nous propose : “(…) En effet, lors de cette seule et courte visite (de reconnaissance) chez lui à la Havane en 1978, il me raconta comment Guevara lui sauva la vie en 1961 quand le romancier et marxiste haïtien Jacques Stephen Alexis, de passage à Cuba, demanda aux autorités du PC cubain de ne pas le mettre au courant de son plan d’infiltration clandestine en Haïti. Guevara pour sa part confessa à Depestre, et à qui voulait l’entendre au Parti, que le projet d’Alexis était frivole. Car, si effectivement il avait, comme il le prétendait, quarante mille hommes armés [?] qui n’attendaient que son signal pour renverser Duvalier, il n’avait pas à risquer sa vie en rentrant clandestinement au pays, mais plutôt attendre le renversement de la dictature duvaliériste. Cet argument de poids fit réfléchir Fidel, et sauva Depestre, mais depuis Depestre était suspect, car qui a été blanchi n’est jamais tout à fait blanc. Par contre, il a eu la vie sauve puisque Alexis a été lamentablement assassiné par des paysans haïtiens à son débarquement au môle Saint-Nicolas( là même par où Colomb faisait son entrée en terre haïtienne en 1492) bien qu’un mythe bien orchestré veuille qu’il ait été tué de la main même de François Duvalier en prison à Port-au-Prince. Mais ce n’est là qu’une autre fable comme les quarante mille hommes qui l’attendaient.” [Le métier à métisser p.243. ]

Passons sous silence cette phrase : “Alexis a été lamentablement assassiné par des paysans haïtiens à son débarquement au môle Saint-Nicolas”. Sous silence également le démenti flagrant que fait Jean Jonassaint à ce « mythe bien orchestré » qui « veuille qu’il ait été tué de la main même de François Duvalier en prison à Port-au-Prince » lesquels nous montrent l’omniscient Jean Jonassaint non seulement au fait enviable des tenants et aboutissants de cette histoire mais en possession évidente d’une enquête révélatrice (effectuée où et quand?) sur la fin exacte qu’ont connue Alexis et ses compagnons au terme de leur téméraire et regrettable aventure. Et ne retenons ici que l’essentiel : les déclarations concernant ce fameux projet de débarquement en Haïti nourri, en cette année 1961, par Jacques Stephen Alexis et contre la dictature ouverte et choquante de Papa doc. Donc, selon les déclarations de Depestre même, et selon les confidences faites par Depestre à Jean Jonassaint, ce projet d’invasion, peu crédible aux yeux des autorités cubaines, avait bel et bien échoué. Et comme en témoignent le fait qu’ils étaient peu nombreux à débarquer et aussi leur indigence notable en matière d’armement (un pistolet et trois chargeurs) rien donc ne nous interdit de voir dans ce débarquement d’Alexis une certaine volonté et rien d’autre de regagner tout bonnement son pays après l’échec de ces abouchements. Or, voilà comment dans Bonjour et adieu à la négritude, René Depestre nous présente le débarquement d’Alexis: « La vérité nue poignante, est qu’à la mi-avril 1961, Jacques débarqua avec un petit groupe de jeunes Haïtiens sur une plage du nord-est du pays. Il pensait s’infiltrer dans nos montagnes pour élever le niveau de la lutte et préparer sérieusement notre peuple à faire la révolution. Ce fut son ultime création pour Haïti : capturés, Alexis et ses compagnons furent horriblement torturés et massacrés.” [Parler de Jacques Stephen Alexis. p.224]

  1. [1] Communication faite dans une université. Duke University? Pas de précision.
Posted in Publications | Tagged , , , , , , | Comments Off

La fable de Lys Ambroise

mon chapeau
Qu’ils soient morts tranquillement dans leur lit, ou, comme Jacques Stephen Alexis, dans des circonstances d’une violence inouïe, les défunts, c’est connu, ne parlent pas. Donc, a fortiori, se révèlent  inaptes  de toute défense  contre les mensonges grossiers ou habiles proférés sur leur compte. Aux vivants, et à eux seuls, hélas, incombera-t-il toujours, la tâche dure, la tâche peu amène de s’en charger à leur place. Oui, aux vivants seuls. Aussi, à visière levée une fois de plus, me voilà porté aujourd’hui à dénoncer à haute voix le scandale que constitue un texte (texte dont la parution en 1988 , dans un recueil d’écrits, De bric et de broc II, m’avait complètement échappé, et que, par bonheur, Facebook m’a permis de trouver) : Comment est mort Jacques Stephen Alexis de Lys Ambroise.  Sur le site Parole En Archipel, il ne laisse d’être bien en évidence, et livré à pleine et judicieuse lecture.  Lisez-le, et attentivement, je vous prie. Je suis là, bon patient, à vous attendre.

Passons sous silence que le narrateur a négligé de nous indiquer ses sources. Ce qui nous parait grave compte tenu du fait qu’il ne fut point témoin oculaire des évènements narrés. Dans sa manière, donc, de relater les faits, on ne saurait ne pas déceler une intention claire, une intention évidente de manipulation du lecteur. Concernant un personnage authentique (j’entends, non fictionnel) comment et pourquoi s’arroge-t-on le droit d’en parler de cette façon, sans cette rigueur requise, recommandable et de bon ton, demeure, en dernier ressort, et quoi qu’on dise, affaire d’éthique et d’exigences personnelles.

Passons sous silence également la thèse qui constitue le soubassement du texte : un débarquement mu par une intention ferme de guérilla. Elle est battue en ruine, et radicalement, on l’a vu, par le procès-verbal signé d’Edouard Guilliod, lequel montre Alexis et ses compagnons en possession uniquement d’un pistolet et de trois chargeurs (comment est-t-il possible de venir  se livrer à une quelconque guerre de guérilla avec seulement, en matière d’armement, pour toute possession claire et avérée qu’un pistolet et trois chargeurs, je laisse à la logique le soin d’en décider?) Que ce document officiel soit d’une authenticité incontestable n’est point à prouver non plus ici. Si un quelconque souci de falsification eut présidé à sa venue au jour, qui aurait intérêt, pour l’Histoire, à le gonfler en armes et munitions? Oui, qui ? Je laisse également cette question ouverte.

La thèse Sarner et Diederich et confirmée par Bernac Celestin lui-même (l’ami sous l’identité duquel était parti Jacques Stephen Alexis. Lire sa version des faits, elle est sur internet aussi)[1] est que, les entrées et sorties étant jalousement surveillées par la police duvaliérienne, et étant par ailleurs sorti sans l’autorisation requise, il n’avait eu recours que forcé à ce débarquement, fait dans le but unique de venir organiser son parti (que se proposait-on de faire après ? Je n’en sais rien. C’est une autre histoire ! Et qui n’a pas eu lieu).

Passons encore sous silence la somme faramineuse d’un million de dollars que l’auteur sans sourciller entend mettre, et contre tout bon sens, en possession de Jacques Stephen Alexis . On sait, là aussi, que c’est éminemment faux. Comme en témoigne le procès-verbal comportant son écriture et soussigné de lui, il n’avait en sa possession que 13.000 dollars et 53 gourdes. Valeur, déclare-t-il, « représentant le montant de droits d’auteurs sur mes livres perçus dans divers pays étrangers. »

Passons sous silence aussi la manière abusive dont il utilise sa documentation. Un passage de Depestre dans Bonjour et adieu à la négritude a fait, de sa part, l’objet d’une mésinterprétation hâtive et évidente : Depestre n’a pas dit avoir rencontré Alexis pour la dernière fois dans une chambre d’Hôtel à Moscou.  La dernière fois, nous dit-il, qu’il a vu Alexis se livrer à ses frasques d’imagination ce fut dans une chambre d’Hôtel à Moscou (P.222). Ce qu’il a confié à Jean Jonassaint de passage en 1978 à la Havane nous le laisse croire d’une présence incontestable à Cuba au moment où s’apprêtait ce débarquement. Et rien n’interdit, par conséquent, de croire qu’il eut pu, lors, rencontrer  Jacques Stephen Alexis (Le métier à métisser, p.243)

Et sous silence aussi pour finir (ça fait quand même beaucoup pour un court texte!)  l’acheminement, par avion,  et à Port-au-Prince, des prisonniers et le décès survenu en route de Jacques Stephen Alexis. On a le témoignage de Claude Larreur pour le certifier : Un détachement des garde-côtes avait été envoyé non point à Port-de-Paix, où l’auteur situe le fait, mais au Môle Saint Nicolas, quérir illico les prisonniers. Et en ce qui a trait à la mort d’Alexis , elle ne saurait non plus survenir dans les circonstances rapportées par l’auteur, à en croire également, et encore une fois, le témoignage impérieux de Bernac Celestin. Lequel témoignage, on le sait, pour ne point confirmer  ma thèse (Exécution, au Fort-Dimanche, des prisonniers…) ne l’accrédite pas moins cependant.

Oui, passons tout cela sous silence (le texte écrit en 1988, bien avant la mise au jour de documents décisifs et de faits essentiels, on ne saurait s’en prendre qu’à la paresse seule de l’auteur de n’y avoir pas eu accès), il reste à dénoncer la tonalité du texte, l’intention malveillante, j’ose dire, meurtrière, qui a présidé à sa rédaction.(Je vois d’ici certains se récrier :Oh ! mais…Comment ose-t-il !…et c’est ça aussi, qu’on le veuille ou non,  la mort indicible de ce pays, c’est qu’on ne sache plus déceler ça. Voir les mobiles exacts qui sous-tendent la rédaction d’un texte et, en conséquence, le rejeter froidement, le rejeter impérieusement à sa source, et sans retour!)

Quel que puisse être le mobile d’une telle tonalité (le dépit? un règlement de compte réel ou symbolique?) je veux que monsieur Lys Ambroise sache que c’est inacceptable. Je veux qu’il sache que quel que pût être le tort  de Jaques Stephen Alexis, aussi nombreux et marqués que pussent avoir été ses défauts (nous entendons croire à leur existence fondée, nous autres, nous sommes ennemis acharnés de l’hagiographie facile et juvénile, et on le sait) il l’a payé à un prix exorbitant, à un prix surhumain et dans des conditions affreuses, et, pour avoir, on le sait, prodigieusement plus que donné de sa personne, il ne méritait aucunement, par conséquent, un tel soufflet, une telle injure délibérée à sa mémoire.

1- Accoutrement d’Alexis.

Diederich parle de « jeans et chemises propres et tout neufs »

Selon le témoin principal de Sarner, lui et ses compagnons portaient “des Guayaberas, ces chemises cubaines”.

Bernac Celestin qui l’a vu dans une cellule au Fort-Dimanche nous affirme, lui, “qu’il était vêtu d’étoffe grossière, pantalon et chemise bleu denim »  

Il y a certainement à tirer au clair mais personne ne parle, on l’a vu, de vêtement féminin.

Pourquoi se serait-il affublé, lui, et non les autres d’un tel accoutrement ? Doutait-il de pouvoir passer pour paysan ? Et  Hubert Dupuis-Nouillé que Diederich,  dans son Papa doc et les tontons macoutes, nous laisse croire avoir été un franc mulâtre . À quel déguisement, à quel stratagème eut-il recours, lui ?

2-L’allusion faite à l’utilisation, par Papadoc, de la somme prélevée sur Alexis : « Ne dit-on pas [qui a dit, je vous prie, monsieur Ambroise?]que cet argent a servi à François Duvalier pour financer les élections législatives de 1961 qui, à la surprise de tous, ont donné un nouveau mandat au Président avant de parvenir à la présidence à vie ? Jacques y a donc contribué à sa façon . »

La victime responsable aide le bourreau à se perpétrer mais plus largement (et pourquoi pas? Les glissements d’ordre connotatif sont toujours possibles!) l’ordre affermi duvaliérien fut le fait et le fait seul d’Alexis même.

3-La manière digne d’un opéra bouffe dont fut découvert le jeu de Jacques Stephen Alexis. Par ses pieds démesurément longs qu’il avait peut-être d’une dimension unique au monde.

4-La fin précise qu’il a eu, lui et lui seul (car c’est sur lui seul que semble braquée, pour l’isoler et l’accabler, la caméra perfide, la caméra insidieuse de l’auteur).

Pour ma part,  intéressé que suis, et profondément, à cette histoire, il ne s’avère pas moins grand temps , je crois, en jetant pour toujours aux orties de l’inutilité flagrante, toute interrogation, toute curiosité nécessaires à sa saisie, de m’apprêter  tranquillement à plier bagage et à fermer boutique. Car aussi bien que ses tenants et aboutissants véritables, je crois tenir aujourd’hui, et fermement, mon grand coupable.

Dans la salle d’attente de l’aéroport militaire de Port-de-Paix, où, soldats déshonorés, guérilléros farfelus et sans guérilla, ses compagnons et lui ne laissaient d’attendre sagement d’être transférés à Port-au-Prince, se fondant sans hésiter sur des pieds qu’il avait d’une dimension unique, “démesurément grands“, quelqu’un, sous son accoutrement de grotesque ou de clown (s’il ne l’a pas accoutré, lui-même, car Alexis, rappelons-nous, était zombifié), a découvert malencontreusement l’identité réelle de notre romancier, Jacques Stephen Alexis.Dans l’oubli aveugle et incroyable de ses compagnons devenus, par miracle, et selon toute vraisemblance, d’une invisibilité parfaite, s’est livré obstinément sur sa personne à toutes les formes de torture connues, et impatient même d’attendre son arrivée à Port-au-Prince,  l’a cousu (de fil blanc?) dans un grand sac de nature imprécisée et, grand corps inutile et vain, mais peut-être encore vivant (ça reste à découvrir) l’a  plongé rageusement dans la baie de Port-au-Prince. Ceci eut lieu, vérifiez-le, aux approches mêmes de la capitale et dans le voisinage précis des Garde-côtes d’Haïti. Et cet homme, croyez-moi, et cet homme, je vous jure, fut Lys Ambroise!

J.P.R.N

  1. [1] Selon mes informations, nous déclare Bernac Celestin, avant son départ il s’était arrangé avec ses amis pour venir le rencontrer à son retour dans le pays. Car il devait y retourner. Il y serait resté incognito afin de continuer à aider à la formation  d’une avant garde révolutionnaire dont la fonction serait de guider le peuple haïtien dans sa lutte contre la dictature terroriste et inhumaine de François Duvalier. (Extrait du témoignage donné au cours du festival Jacques Stephen Alexis organisé par l’A.E.H.E en mars 1991)
Posted in Publications | Tagged , , , , , , , , , , | Comments Off

Appréciation oubliée du témoin principal d’Eric Sarner.

mon chapeau Hier soir, et sur votre recommandation, j’ai relu attentivement l’extrait de mon texte, Autour de la disparition de Jacques Stephen Alexis. Il ne me parait toujours ne comporter qu’un trou. Et  dû, de toute évidence, à l’optique synthétique qui a présidé à sa rédaction. Trou, en tout cas, que, par une note de pied de page, je me proposais de combler dans la publication intégrale de mon texte : Une appréciation exacte du témoin principal de Sarner.
Son livre, La passe du vent, notez-le, parait aux éditions Payot et Rivages en 1994. Et celui de Diederich, en ce qui à trait à la traduction française (qui semble avoir précédé l’original, paru en 2011) aux éditions Antillia en 2005. Donc quelques 11 ans avant Le prix du sang.
Une chose m’a toujours frappé d’étonnement: La précision incroyable de son informateur. Lequel pourtant tenait ses dires de seconde main : d’un ami, déclare-t-il, à Sarner, le télégraphiste du môle, qui, comme beaucoup d’autres, avait été invité à venir voir la « marchandise » que les « envahisseurs »avaient transportée avec eux : “un revolver (…) plus une cartouchière…les livres et vingt mille dollars”
Or, ne voila-t-il pas que les deux documents décisifs exhumés par Diederich (lesquels se trouvaient, affirme-t-il, en possession d’Andrée Roumer, veuve de J.S.A), aussi bien celui qui porte la signature d’Edouard Guilliod que celui comportant l’écriture même de Jacques Stephen Alexis, et soussigné de lui, nous mettent singulièrement sous les yeux, et à peu de chose près, exactement les mêmes données.  Jugez donc par vous-même!
Un pistolet et une cartouchière (témoin de Sarner)
Un pistolet et trois chargeurs.(Guilliod)
20.000 dollars (témoin de Sarner)
13.000 dollars et 53 gourdes (document Alexis). Une différence de 7000 dollars dans un témoignage médiatisé, et pour une histoire qui, au moment où s’accomplissait celui-ci, remontait à plus d’une trentaine d’années, est, croyez un homme qui s’est déjà tapé, et par devoir, une enquête entière (celle de L’Impartial sur l’affaire Coicou) chose non seulement attendue mais des plus acceptables.
Donc pas de fable, madame. N’est-ce pas inouï? merveilleux, hein ?
Ces documents, des faux ?
Sachant apprécier l’authenticité d’un document officiel (non d’un discours officiel, deux choses différentes, car, sous peine d’anomie, une administration se doit avant tout à elle-même, un compte précis et rigoureux des faits) il ne m’était aucunement venu à l’esprit, dans mon texte, de discuter de leur valeur. Mais peut-être, avez-vous raison, qu’un impératif  didactique ou de clarté nette aurait dû  m’attacher à le faire.
Si un quelconque souci de falsification présidait à la production de ces décisifs documents,  pour bien souligner leur intention de guérilla, qui aurait intérêt, pour l’Histoire, à les gonfler en armes, et en argent, oui qui, sinon ceux qui s’apprêtaient froidement à exécuter leurs prisonniers? Au lieu d’avoir un pistolet, nous aurions eu mille carabines et même ubuesquement pourquoi pas, un Howitzer. Et, au lieu, d’avoir 13.000 dollars, nous aurions peut-être 5.000. 000 de dollars. Réfléchissons un peu et efforçons-nous tranquillement à apprécier aussi bien leur contenu que leur implication décisive dans la saisie de cette horrible histoire. Avec eux, plus de contes. Plus de fables. Plus de racontars! Délaissant le terrain paresseux, suranné et préhistorique de la légende, ces faits font leur entrée bruyante et décisive dans l’Histoire!
Oui, distance toujours, madame, distance et sens critiques !
Bien à vous.

Posted in Publications | Tagged , , , , , , , | Comments Off

Confrontation de cette fameuse date qui aurait vu l’exécution de Jaques Stephen Alexis et de ses compagnons

mon chapeauPour avoir beaucoup consulté le livre de Daniel Supplice et apprécié sa netteté,  jamais, ainsi que je vous l’ai affirmé hier,il ne m’était  venu à l’esprit de nourrir un quelconque doute quant à cette date du 22 avril avancée par lui pour avoir vu cette exécution cruciale.Dans ma compulsion attentive des éditions du mois d’avril 1961 du quotidien Le Nouvelliste cependant, ne voila-t-il pas qu’un beau soir,  je tombe ahuri, dans le numéro en date du Lundi 24 avril 1961,  sur l’articulet suivant, lequel, vous pensez bien, ne manque de jeter chez moi la plus vive confusion :

 Est-ce une simple rumeur ?

Pour notre part, nous avons été officieusement informés du fait. Mais une rumeur persistante voudrait que cinq haïtiens, parmi eux certains de ceux qui avaient participé au « hold up en plein ciel » qui devait couter la vie au regretté pilote Eberle Guilbaud, auraient été capturés en fin de semaine, au môle St. Nicolas.

Ils auraient été aussi, affirme-t-on, amenés ici, cette nuit pour être jugés. Sans doute par une cour militaire.

Serait-ce une rumeur ? L’opinion publique le saura certainement  par un communiqué officiel, nous voulons le croire.

Si le numéro est celui du lundi 24 avril 1961, cette nuit, donc, dont parle l’échotier serait la nuit du 23 avril. Et si les prisonniers ne sont amenés à Port-au-Prince que dans la nuit du 23 avril, cette exécution logiquement n’aurait pu prendre place, comme l’affirme Supplice, le 22 avril.

Panique, donc, vous l’imaginez, dans le camp des grecs. Je retourne donc illico à Diederich Le prix du sang. Or, voilà ce qu’il nous affirme, lui-même :

C’est le 20 avril, et par le colonel Jacques Laroche qui allait prendre le commandement des Gardes-côtes qu’il apprend secrètement la sensationnelle nouvelle (la capture au môle de Jacques et de ses compagnons). Ce dernier lui affirme également qu’une unité des Gardes-côtes avait été aussitôt dépêchée au môle.

Interviewé par Diederich, Claude Lareur qui commandait cette unité  lui déclare que ce détachement n’était nullement resté au Môle Saint Nicolas, que  les prisonniers, le jour même, et vers 7 heures du soir, étaient déjà à la capitale.

Donc le 20 avril au soir, et vers 7 heures du soir, Jacques Stephen Alexis et ses compagnons peuvent bien être déjà à Port-au-Prince.

Et toutes les rumeurs dont on fait état (visite au palais, aux casernes Dessalines etc…) aussi bien que cet enfermement préalable au Fort-Dimanche de J.S.A, dont témoigne Bernac Celestin (Je vous recommande chaudement son témoignage, il est sur internet) peuvent bien prendre place entre ce 20 avril, date de leur arrivée, et ce 22 avril indiqué par Supplice pour avoir vu leur exécution. La date, donc, comme je vous l’ai affirmé dans ma lettre ouverte, ne laisse d’être des plus plausibles.

Pourquoi suis-je mieux porté à faire confiance à Diederich qu’au rédacteur anonyme du Nouvelliste?

Premièrement. Ce dernier, nous l’avons vu, fait état d’une rumeur qui lui a été rapportée. Rien donc ne nous garantit que son informateur ne soit un peu en retard sur les faits.

Deuxièmement. Diederich se rappelle exactement les circonstances dans lesquelles cette nouvelle lui était parvenue. Il se trouvait, à ce moment, nous dit-il, au bureau des câbles de la RCA à Port-au-Prince, occupé à terminer une dépêche à l’Associated Presse concernant la réaction de la population à l’annonce de l’invasion de la Baie des Cochons quand y fit irruption le colonel Jacques Laroche  en vue de la lui annoncer.

Le contenu de sa dépêche, notez-le bien: des gens du gouvernement qui ne voulaient pas être identifiés pensaient que le régime de Castro ne pourrait pas résister à une invasion qui aurait l’appui des Etats-Unis.

Supposons qu’il se soit trompé et que ce fut le dimanche 23 et non le jeudi 20 qu’il se trouvait à ce bureau, le contenu de sa dépêche aurait-il été le même ? Je me le demande. Car, aucun doute, pour personne, à ce moment, que les forces castristes étaient sorties victorieuses de cette mémorable invasion.(le souvenir, donc, me parait assez rigoureux) 

Troisièmement. Supplice rend crédible Diederich et vice versa. Ça fait deux, madame, contre un seul rapporteur de rumeur ! Non ?

Bien à vous  

Posted in Publications | Tagged , , , , , , , | Comments Off

Autour, une fois de plus, des circonstances de la disparition de Jacques Stephen Alexis.

Lettre ouverte à une lectrice

mon chapeau

Vous avez lu avec plaisir, me dites-vous, mon texte, Autour de la disparition de Jacques Stephen Alexis, et vous avez tenu à constater non sans amertume que sur les circonstances entourant sa mort, sur son soi-disant débarquement armé, des étrangers seuls, au nombre précis de deux, semblent avoir eu à cœur de jeter une lumière nécessaire et décisive de compréhension.

Hé oui ! Le fait est là, madame, et d’une éloquence rare, qui songerait seulement à vous contredire. Un homme de la trempe, un homme de la stature de Jacques Stephen Alexis meurt dans des conditions obscures et ce sont, comme vous l’indiquez crument, “des étrangers uniquement qui tentent d’éclaircir les faits”. Qu’hommage, donc, leur soit rendu !

Mais vous seriez davantage confuse, vous rougiriez, comme moi, davantage de honte si vous étiez au fait du cas admirable de Sarner. Enchanté par la lecture des livres d’Alexis et ayant appris par la courte biographie consacrée par Gallimard à leur auteur, l’histoire tragique de celui-ci, ne voilà-t-il pas que, mettant fin à des tergiversations bien compréhensibles et sans nombre, ce franco-algérien, un beau jour, dans les nineties, se décide enfin à mettre le pied chez nous, à rentrer dans un pays totalement inconnu de sa personne sinon que par de vagues lectures, afin de procéder à cette instructive enquête.

Le cas Bernard Diederich, lui, c’est une vieille histoire. Rentré en Haïti dans la vingtaine et en 1949, donc, sous Dumarsais Estimé, ce néo-zélandais se décide, et sur un coup de foudre, à faire d’Haïti sa seconde patrie. Il se marie à une haïtienne. Il fonde Haïti Sun, un hebdomadaire de langue anglaise consacré à Haïti mais, comme de juste, ne tarde pas sous Papa Doc à faire figure de trouble-fête. Arrêté le 27 avril 1963 par les sbires de celui-ci, il est expulsé du pays deux jours plus tard et va écouler sa vie un certain temps en République Dominicaine.

Le 18 aout 1936 voit, à Grenade, la fusillade notoire de Garcia Lorca par les forces antirépublicaines, et les circonstances de sa mort, comme vous le savez, n’ont point manqué de donner lieu à des tentatives innombrables et passionnées d’éclaircissement (tenez, la dernière en date : 2011. Celle de L’historien Miguel Caballero Pérez. Trois années d’investigation. Trois années de dur labeur !) En vue d’une exhumation souhaitée de ses restes aussi bien que de ceux inoubliés, et au nombre de trois, de ses compagnons également tombés, cette nuit-là d’infortune, des recherches n’ont point manqué non plus, dans la foulée, de voir un jour fébrile. Oui, un jour acharné. Et cette exhumation exigée et entreprise il y a cinq ans de cela. Tandis que nous, Bon Dieu ! vis-à-vis des nôtres, des tenants et aboutissants de leur mort, de leur tragédie, quelle apathie profonde, déplorez-vous clairement et non sans pertinence. Oui, quelle indifférence !

Concernant notre romancier, que peut bien être la cause d’un tel fait, vous demandez-vous aussi, et anxieusement, non?

Oui, quelle est-elle vraiment? Non point uniquement, je pense, l’exceptionnelle longévité du régime dictatorial des Duvalier, comme vous en émettez, convaincue, l’hypothèse. Le régime de Franco, on le sait, n’a pas duré moins de 39 ans, soit, donc, tout compte fait, dix bonnes années de plus que celui des Duvalier. Mais il n’empêche qu’à la mort en 1975, du “Généralissime caudillo”, les débats étouffés et qui se sont passionnément ouverts sur la fusillade notoire de Lorca, perdurent aujourd’hui encore.

La force du mensonge ?

Les circonstances, je l’ai affirmé, conféraient au mensonge du débarquement armé, une apparence de vraisemblance. Mais il n’y a pas que le débarquement armé dans l’affaire Alexis, il y a la lapidation par la population locale, il y a les circonstances précises de sa mort, autant de faits qui ne laissaient d’appeler à une enquête profonde. Et les motifs accordés à son débarquement se fussent-ils révélés exacts qu’il s’agissait aussi, ma foi, de les confirmer. Non, la force du mensonge, à mes yeux, ne saurait, non plus, être mise en cause. Ce qui ne laisse d’être en action ici, est, à mon sens, bien plus profond.

Un assujettissement total au discours d’autorité? Une complaisance rare vis-à-vis des versions admises (officielles ou non) et ce, sous quelque forme qu’elles se présentent?

Posted in Publications | Tagged , , , , , , , | Comments Off

Jinèt ak Jera

Yon nouvèl Jan Mapou

Jinèt, ki fèk resevwa yon viza touris pou Lèzetazini, marye ak jera anvan l’kite Ayiti.Rive l’rive Nouyòk li fè ladesant kay sè Jera, Mariz, ansyen bon zanmi li an Ayiti.Akoz de strès lavi Nouyòk (bil ki pou peye, Jinèt ki pa p’travay) relasyon yo pa pran tan pou yo gate.Yon sitiyasyon ki, lè Jera rive Nouyòk,li menm, pral gen anpil konsekans sou istwa koup la.Pral menm responsab yo kite.

Liv la, jan nou wè l’la, ap trete yon bel sijè, yon sijè plis ke enteresan, yon sijè fòmidad: istwa de moun ki renmen anpil e kijan reyalite di, reyalite terib lavi Nouyòk rive dezini yo (se antouka sa nou wè e sa prefas Emile Celestin-Megie a fè nou konprann tou) men dapre mwen, ekriven an, yon fantezis fini, rate pwojè li, pou plizyè rezon : Premye a se kredibilite pèsonaj yo : Ki moun yo ye ekzakteman ? ki background presi yo? Jinèt : Gen 24 an. Anplis li propriyetè anpil tè ak anpil kay, papa l’se komisè gouvènman (depi l’piti, li leve jwenn papa l nan gouvènman, naratè a presize pou nou) li te lekòl ka Mè Lali.Li abite kay paran li riyèl Chavàn. Ki anviwonnman kiltirèl ak abitid rekreyatif li?Mizik li renmen:Edith Piaf, Charles Aznavour, Nana Mouskouri.Li toujou sòti nan wikenn. L’al nan bal Casino international, al sinema Rex-Théâtre, osnon Drive-in-Ciné (se ki sipoze omwen posesyon klè yon otomobil nan fanmi an). Apre sinema a y’al bwè krèm ka Mara.Li se sèl pitit manman l’ak papa l’(Sèl pitit yon komisè gouvènman byen etabli, ki te lekòl kay Mè Lali, e selon sa istwa a lese n konprann, nan ane swasant, ki nivo skolè li? Brevè. Ki chwa metye li fè ? Tande byen: Li diplome nan kouti. E l’ap travay ka Madsenn ! Mhou !).

Vin nou jete yon ti koudèy sou Jera li menm : Jera se yon òfelen. L’ap viv ak yon matant ki pa p leve ni lou ni lejè, naratè a di nou. Li fè reto.Li desann filo de fwa men li koule pou franse ak matematik (tande byen wi sa ki koule Jera, fiyanse defavorize pitit yon komisè gouvènman  !)Li abite ri Kapwa. Afè l pa bon ditou (li poko janm chita devan yon pòs televizyon nan vi l, naratè a di nou, e l espere Nouyòk a va pèmèt li fè sa!) « Li soti Fonvèrèt, rantre Pòtoprens ak de pantalon plen linèt, twa chemiz rabi ak lanmidon, youn soulye semel kreve ak de chosèt lapòs.Si jera kenbe nan Pòtoprens, rive jouk nan reto, se grasa Jinèt.Ankachèt, san manman l’ak papa l’pa konnen, Jinèt bay Jera tout sipò li te kapab pou li kenbe lekòl. L’achte rad pou li, kalson, chosèt, chemizèt, achte liv dezyèm men devan Lapòs an oktòb, lè lekol ap louvri, ba l’ti monnen pòch pou sigarèt li.Emenm li konn ba l’ti kòb pou l’achte bòlèt ledimanch osnon pou l’al jwe loto ak zanmi. »(pp 4-5)

N’ap pase sou ka ekseptyonèl ki fè de moun sa yo rankontre sou chemen yo, renmen e deside marye(yo pa di lanmou avèg !)men gen de bagay, an verite, nou pa ka pran nan men otè a, e nan yon istwa sitou ki gen pretansyon reyalis : premye a , se pou ki rezon se Jinèt ki cho k’bezwen pati a (Swadizan kòm touris men, pi devan, n’a wè se pou l’al chèche lavi. E san rezidans, silvouplè!). Dezyèm nan, gen de bagay ki pou nou konstitye sa nou ta kapab rele pwoblèm karakteristik grav :

A, Abitid de vi jera, pa regzanp: Pou Jera (militan revolisyonè, Hen, anplis !) ka siviv nan Pòtoprens, kisa l’fè : li jwe bòlèt. « Pou Tinèg siviv, y’al dòmi bonè pou yo fè bèl rèv osnon tonbe fè maji, desann zetwal pou yo ka genyen yon ti monnen nan bòlèt » (paj 5) Èske milye sosyal mwen konprann Jan Mapou ap dekri a se byen sa. Dapre eksperyans mwen fè an Ayiti, moun ki te konn gen pratik sa yo, oubyen yo te konn prezante pou gen pratik sa yo (fè maji, desann zetwal pou jwe bòlèt) yo te konsidere yo trè mal nan sosyete a. Petèt yo pa t’eskli yo men te toujou gen yon ora sispisyon ki pandye sou tèt yo. Yo te majinalize yo.Tankou lougarou, tankou djab !

B,O nivo langaj, asavwa jan otè a fè pèsonaj yo eksprime yo : otè a pa konn yon bagay yo rele nivo de lang ki egziste.Ni non plis varyasyon yon lang kapab prezante sivan milye sosyal ak idantifikasyon sosyal Lokitè yo. Olye l’mete tèt li alekout pèsonaj yo, eseye tande kijan yo ta pale an fonksyon de edikasyon yo, anbisyon yo, milye sosyal yo, “se kreyòl l’ap ekri.”Yon kreyòl ki pa fè okenn diferans ant yon ansyen elèv Lali, pitit yon komisè gouvènman etabli (ki anplis renmen Edith Piaf, Charles Aznavour ak Nana Mouskouri) ak yon gwògman karavachè, yon malerèz, machann twal sou pòtay, osnon yon pwostitye Granri! [lè m’di sa a, se pa « le beau parler »m’ap mande. Nou konn trèbyen ki prejije sosyal ki kache dèyè nosyon sa a. Sa m’ap mande a se verasite] Yon egzanp ? A Jera, li pwopoze maryaj legliz, e ki, pou rezon ekonomik, ta prefere yon ak sivil, men sa Jinèt reponn: - Lè ou pase aksivil san rantre legliz, pou lasosyete se plase yo rele sa(…)Dayètou, mwen pa p’aprann ou anyen.Se gason ou ye ou konn sa.E tout zanmi m’yo, sa yo pral di ? Non frè !…M’konnen ou p’ap travay, ou pa p’leve lou, ou pa p’leve lejè ; malgre ou gen papye reto-w nan men-w, ou pa ka jwenn menm yon ti djòb pwofesè…Grasadye, kounye-a, ou kay Lawòch, w’ap etidye kontabilite, ou preske fini, alòs pran pasyans. Jou pa-w poko sonnen. Sen Jozèf se bon pwotektè, li pa p’janmen lage-w. Papa-m pwomèt pou li chache youn debouche pou ou, youn ti kenbe men. Tankou ou konnen, politik se move kavalye. Se tankou youn vag lanmè k’ap woulawoup monte-desann. Depi kèktan, pouvwa lepè ap desann. Se pa de mannigèt y’ap fè pou yo pran ti djòb konmisè-a nan men-l. Pran pasyans cheri. – Twòp pasyans kale djondjon devenn, Jinou.

Posted in Publications | Comments Off

Depa Klèreniz

Pou salye memwa Azor ak tout sa li te antann reprezante,

yon chan tanbou Nago te enspire m.

Yon son Lakou Badyo!

Se te yon samdi maten mwa dout. Lavil, klòch te fin sonnen sèt fwa deja, yo te vanse fini, yo ta pral sou dènye kou yo lè yon bri pyès moun nan zòn nan potko janm tande leve bò lanmè a. Klèreniz leve, li gad pye kalbas yo, pye kachiman yo epi l wè yo tout te megri, yo tout te vin rachitik sòf sa tèt yo te bay sou lanmè a. Li gad rad yo ki te pandye sou fil fè a, mouchwa l yo ki blayi atè a, sou wòch yo epi l te souke tèt li. Yo tout nèt te fin detenn sòf sa tèt yo te bay sou lanmè a. Pi ba menm, bò lanmè a, bri a t ap pran wotè.

Klèreniz vanse sou tanbou yo ki t ap someye, li souke yo, li manyen yo, li vire yo epi l di : “O tanbou yo !”. Se te yon samdi maten mwa dout, chalè potko prèt pou leve men tout odè, tout flè,  tout sa k te sanble bri van yo te bliye dèyè yo lavèy t ap degoute tankou papye fen dlo mouye.

Klèreniz mache sou tanbou yo nan kwen kay la, epi l di : “O tanbou yo !”. Se te yon samdi maten mwa dout. “Mwen salye nou tanbou yo” li te di lè sa a.

“O Gras kenbe yo pou mwen.

Tanbou yo megri nan men m.

O Gras veye yo pou mwen.

Moun yo lonmen non m m a prale”.

Se te yon samdi maten mwa dout, chalè a potko prèt pou leve men tout koulè, tout fèy bwa, tankou yon rès lapli van te bliye pote, t ap farinen, tout, sof sa k te ble tankou dlo lanmè a. Pi ba menm, bri a te kontinye ap pran wotè.

Se konsa moun Lakòt di istwa a te kòmanse e se konsa tou bouch an bouch li te rive jouk Grangozye. Anvan, li te kouri zòn an zòn sou tout kòt la e san travèse lanmè, li te tonbe Mayi, li te tonbe Angiz, peyi ki pran non l anba dlo, Bannistè, Ewouye, Mayi, peyi ki batize sous yo an juen, ki batize vaksin, ki bay chak dlo k soti nan wòch yon non fi e kote chak fèy bwa, chak ze, chak rasin gen memwa jou yo te kouve yo e chak van k soufle fò, yon non vanyan. Li te tonbe Remon, Balis, li travèse Eno sou bak, Emon, alanaj, Jansòm yon zòn teta zwazo yo ancheri, e pi devan sou wout, anvan chante yo pran l pou mennen l  Wakino nan pwofondè chak tè mouye, li te tonbe sou Korayon, peyi cheri Elyas Mase di Loko.

“Se te yon samdi maten mwa dout” wi se konsa l te kòmanse e se konsa tou Lakòt pechè yo rakonte l. Si yon apremidi kannòt yo pa rantre, yon vag ki sot byen lwen e ki fè pwovizyon lapli, charye yon fèy papye epi l vin depoze l san fè bri, sou sab ki pi mouye a, si yon jou van soufle fò, epi w wè yon poul dlo van malmennen, oswa yon zòtolan blese ki sonje nich li se ma bato, vin chofe zèl li sou plaj la, vin mouri tou dousman nan mitan wòch ak kokiyaj, pa pèdi tan w’mande moun yo rakonte’w li, pase yo tout ap fèmen bouch yo, yo tout ap vire tèt yo pou yo pran pòz yo wè pi lwen pase pi lwen pye yo mennen yo, pase pi lwen yo janm rive san yo pa di w pouki , yon ti moman apre, yo tout ap vire do ba ou. Men pa mande bondye yon jou, vwalye yo sou lanmè a, yon twoupo bèf y ap mennen bwè dlo rete yon bon maten e san van an pa soufle, yo lage yon rèl tris ki raple moun Lakòt epòk lanmè te kite won l pou l te monte, tankou yon chwal ki kase kòd, vin manje zèb jouk Anwokòt, wi, pa mande bondye yon jou pandan y ap rale nas la, nas la fè kèp! e tankou si l pran nan oun pyèj pwason yo tann, kòd li rele nan men yon fi k ap fòse redi l, e fi sa a pa pantan, e fi sa a pa fè yon bri ki ta fè moun kwè se rèl kòd la pouse a ki reponn li andedan l, wololoy! pa mande bondye sa ta rive. Lè sa a ou te mèt mande sa w vle se sou jou gwo chans ou tonbe. Ou te mèt chante chante  w vle, se sou jou gwo chans van voye w. Men tanpri souple pa di zanmi pechè se bò isit ki voye w e pa kwè nonplis se ou k ap mennen bak la, pase, kòm yo fin achte kontan sou lanmè, y a fè w kwè se ou k ap rale istwa yo nan bouch yo men se istwa yo k a rale w, y a fè w kwè se wou k ap bwote pawòl la men se pawòl la k a bwote w, mennen w pi lwen pase Lakòt, pèdi w nan wout ou fè deja, nan chemen w abitye, kite w poukont ou dèyè nèt e kontinye trennen jis byen ta sou rivaj la jouk jou bare l. Jou sa yo, w a tande jouk ou sou, jou sa yo ya di w :

“Se te yon samdi maten mwa dout. Lakòt, chalè potko prèt pou leve lè klèreniz vanse sou tanbou yo yon dènye fwa epi l di : “O tanbou yo !”. Tout odè, tout fèy bwa, tout sa k te sanble bri van yo te bliye lavèy, t ap degoute lè sa a men pi ba menm, bò lanmè a, bri a te kontinye pran wotè.”

2

Lelandemen maten byen bonè, se yon fi yo rele Freyilya, Freyilya Inase ki dekouvri an premye Klèreniz te pati. Freyilya Inase, pitit bòs Lamason chapantye maren, se li k te dekouvri an premye Klèreniz te pati. Fi k te monte anwo mòn jou tanpèt la, fi moun Lakòt te di k te dekouvri sa anvan an, te rantre nan lakou a vre men se byen lontan apre l.

Posted in Textes | Comments Off

Qui a dit Marasa d’A20?

Ah! Marasa d’A20, quel livre!… Je le dépose, le reprends, relis pour la n-ième fois la phrase finale: “Demain c’était dimanche. Il ne me restait plus que l’idée de l’autre femme qui viendrait. Etais-je sûr d’avoir les réponses de son corps?” et je demeure rêveur! Mon premier réflexe quand j’aime beaucoup un livre – réflexe enfantin, j’en conviens- c’est de m’assurer si mon enthousiasme est partagé par d’autres lecteurs, et surtout si les mots précis dont ils font usage pour le traduire, rencontrant par quelque côté et heureusement les miens, ont la vertu donc de me justifier. Aussi vais-je directement sur Google et tape résolument Marasa/A20. Ce qui remonte? Pas grand chose et, tout comme pour Le vin d’une prose d’écolier de Paul Harry Laurent, une semaine plus tôt, me voilà complètement déboussolé. Un tantinet amer: Mâtin! Aurait-on laissé passer ça, sans le saluer! Avec les honneurs qu’il mérite! Avec les bans dus à son rang! À quoi donc s’occupe vraiment notre critique littéraire? Et je me suis souvenu qu’il s’agit quand même de notre douloureuse et étonnante Haïti. Que tout ce qui s’écrivait, par ailleurs, n’arrivait pas forcément sur le net. Et je me suis promis de m’enquérir de ça. De m’en enquérir sérieusement afin de vous en parler. De vous en rendre soigneusement compte. Obnubilé, je prends mon téléphone et j’appelle sur le champ A20. Pour le féliciter un peu tardivement, je l’avoue, de ce magnifique produit, mais aussi dans le but de lui demander, ce qui l’a quelque peu surpris, j’imagine, de m’accorder une interview à son sujet. Fait qu’il a heureusement accueilli (Hum!.. Adye frè!… Ça va barder bientôt de ce côté, je vous le garantis!). Dans l’intervalle, et pour ne pas démordre, comme on dit, que faire? Préparer le terrain? Permettez-moi alors de partager avec vous,  sous la forme d’une recension simple sans plus, mes notes sur ce beau et authentique livre!

La trame ou les trames du livre.

Le roman est construit sur l’alternance continuelle de deux plans. Lesquels mettent en action deux personnages distincts? Non, assurément le même protagoniste: les deux sont des intellectuels vivant aux États-Unis, les deux sont originaires de la province (de l’Artibonite plus précisément). Les deux semblent traîner un mal de vivre incurable. Insupportable. Ils sont tous deux en visite à Port-au-Prince et ce, peu après la tragédie du World Trade Center. En outre, ils se plaisent tous deux à faire constamment référence à un même personnage avisé, sorte d’augure familier, tenu hors champ, pour ainsi dire, et non circonstancié: Marie Louise. Donc, pas de doute, à nos yeux, les deux sont le même homme, le même égotiste héros. Le premier plan (en caractère romain) prend place dans une chambre d’hôtel de la ville, un jour de samedi : le héros, à qui il ne reste qu’un jour à passer, se trouve en compagnie d’une personne assez spéciale: une prostituée dotée d’une lucidité enviable, d’une pénétration  sans pareille du cœur humain, et qui, en lieu et place du plaisir monnayé attendu d’elle, entreprend étonnamment de dresser de sa personne un portrait psychologique vrai et sans flatterie. Le temps utilisé: le temps passé.

Que fait-il dans cet hôtel d’abord et en compagnie de cette prostituée surtout, se demande-t-on[après coup]? Nous ne le savons pas trop. À en croire la prostituée (p.76) il y aurait eu rendez-vous avec une femme qui l’avait tout bonnement plaqué: “le souvenir d’un soir où tu étais plaqué dans une chambre d’hôtel par une autre femme”…. Mais tout laisse croire, en fait, qu’il n’est peut-être là que dans l’attente d’une autre femme. Ce qu’il déclare, en tout cas, à la fin du livre(p220).

Et en compagnie de cette prostituée, surtout? Là, non plus, rien ne semble évident. Il laisse croire (p.83) qu’elle lui a été envoyée par ses amis Deddy et Luc: n’était-ce pas un piège que Deddy et Luc m’avaient tendu en me l’envoyant?” Alors qu’au tout début du livre on aurait pu croire qu’il était présent lors de son engagement: p.15…“Quand Luc a touché son pénil, j’étais visiblement perturbé…”. D’autres circonstances pointent encore pour le même fait: p.213. “Il y a eu toi et une femme qu’on t’a amenée généreusement dans ta chambre.

Contradictions ou non, palinodies ou non, l’essentiel est qu’il s’y trouve un peu naïvement intimidé se demandant s’il va finir  ou non par faire l’amour à cette femme, laquelle ne lui cache point qu’il n’est nullement son type d’homme. Qu’il n’a point réponses aux questions de son corps. Il est bronchitique. Mal dans sa peau. Atteint de complexe d’infériorité. Plus tête que corps, j’oserais dire et à l’envers de l’érotisme, toute la relation va consister en un interminable dialogue marqué au sceau de la franchise et ayant pour objet le corps, ses exigences et ses langages.

Posted in Compte-rendu de lecture, Publications | Tagged , , , , | Comments Off

Eloge de l’interlocuteur

Quand la journaliste et poétesse Jeanie Bogart rencontre Saint-John Kauss

À côté d’une Odeur de goyave (entretiens de Marquez avec Plinio Mendoza  ) Marche Arrière 1 et 2 (entretiens de  Roger Dorsinville avec Collectif Paroles et Jean Coradin), J’écris comme Je vis (de Dany Laferrière avec Bernard Magnier) de Testament (Witold Gombrowicz avec Dominique De Roux )de Ultimes Dialogues (Jorge Luis Borges avec Osvaldo Ferrari ), je viens tranquillement de ranger Éloge de l’interlocuteur de  Saint-John Kauss avec Jeanie Bogart. Et une fois de plus je me suis posé la question: Que nous apportent ces livres d’entretiens avec des auteurs connus, de réputation assise? Qu’est-ce qui les rend irrésistibles? Et surtout à part d’être un beau livre (oui, un beau livre, genre personnalisé, sorti de chez Ouaknine et propre de toute évidence à séduire les collectionneurs) que m’a apporté précisément l’entretien  du poète Saint-John Kauss avec Jeanie Bogart?

Ce que, depuis les sixties, époque qui a vu, sinon la création du genre, du moins sa grande vogue, ne laisse assurément d’apporter ce genre de livres.

Un coup d’œil sur l’intimité du prolifique et conséquent poète, sur ses origines, ses rêves, ses motivations essentielles, son credo littéraire, ses références… ce qui l’a constitué.

Une certaine sincérité de ton qui, on ne le déplorera jamais assez, fait indubitablement défaut à notre culture. Et inséparable d’évidence de toute quête profonde d’individualité véritable comme de citoyenneté. Sincérité qui, à l’encontre de cette représentation mythique que nous avons été conditionnés à nous en faire, nous permet de découvrir l’écrivain, selon le vœu même de Saint-John Kauss, tel qu’il est véritablement, à savoir, un homme de la peine commune, un homme du quotidien fardeau, et qui, se débattant dans ses frustrations et ses déboires, tente d’y parvenir sans trop de casse et de heurts de façon à garder intact son chant, ce qui le fonde. Bref, un être de chair et de sang.

Une liberté de langage propre habituellement aux correspondances privées (espace où se construisent les vraies biographies, j’entends les non-officielles) et qu’on aurait tort de vouloir chercher dans cette galerie désincarnée de figures momifiées que constituent les pavés de Pompilus et Berrou.

[À propos, dites-moi, Georges, comment, et surtout de quoi vivaient Roumain à New-York, Firmin en exil à St-Thomas? Qui saurait franchement m'en informer?]

Mais tout cela, me dira-t-on, une biographie bien faite, honnête et informée, ne saurait-elle nous le procurer? Certes, aucun doute là-dessus. Mais à la différence de toute biographie, quelle qu’elle soit, qui semble une aventure fermée une fois pour toutes (due à la magie des questions-réponses? à cette sensation de présence physique qu’elles ne laissent tout au long de nous procurer?) une sensation de fugitif qui nous met à la bouche un goût de temporaire.

Comme si tout n’était pas coulé une fois pour toutes et qu’au détour de la route surviendront encore d’autres professions de foi, d’autres mutations sublimes de l’écrivain, qui, pour notre bonheur, attendront patiemment d’être saisies.

Ce ton-là , ce ton décousu-là, ami, est imbattable!

Posted in Publications | Comments Off

Je persiste et je signe!

Ou les pensées décousues d’un homme “arrogant” (Voulez-vous  dire, ami, “convaincu”?)

Qu’elle s’attaque aux pires atrocités d’un régime politique ou à un texte injuste et douteux en l’honneur de Frankétienne, la critique reste et demeure la même, cher ami. Car ce qui, d’un côté ou de l’autre, ne laisse d’être véritablement en jeu, ce sont,  en dernier ressort, les principes  fondamentaux. Ce sont, en dernier ressort, les valeurs morales (entendez bien évidemment les valeurs imprescriptibles!).Principes et valeurs dont la vision se trouve très souvent oblitérée par ces réalités affectives que constituent  l’émotion, la sympathie, la passion. Que la sympathie ou la passion vous retrouve tête baissée, oui, vous retrouve innocemment à vous évertuer à faire  d’une transgression de principe la plus infime qui soit,  d’un accroc au bon sens ou à la vérité le moindre et le plus ténu qui soit, un cas à part, oui, un cas d’espèce indigne de tout accent, et, par conséquent, escamotable à souhait, et vous voilà sincèrement cuit, dirait Miller. Vous voilà prêt demain (bannière au vent) à vous faire le soutien infâme d’une cause la plus absurde, d’une cause la plus douteuse, et pourquoi pas, de fil en aiguille (votre aveuglement ou votre passion persistant, monsieur!) d’un gouvernement ou d’un ordre de faits le plus immonde! (Et ça, pour avoir vécu aux pires temps d’une Tchécoslovaquie satellisée et embrigadéee, l’ami Kundera le sait bien, par exemple, qui a long à nous apprendre. D’où ce parti pris froid et outrancier de l’analyse. D’où cette méfiance ancrée chez lui – méfiance que, poète, vous le savez, je ne saurais donc faire mienne sans réserve- pour cet état revendiqué et assumé d’ivresse, d’extase, de transport,  d’exaltation, [que d'aucuns semblent vouloir ériger, et sans retenue, en axiome définitif de conduite]bref, pour le mode lyrique… Ah! Le mode lyrique!.. C’est beau…papa!…Les fleurs!… Les fruits!…Les roses!… Adyebondye!)

Partant de ce point de vue, comprenez bien: on ne saurait aucunement demander à la critique de sérier ou discriminer les faits (ce qui est important, plus important, de moindre importance, ce qui vaut la peine ou ne vaut aucune peine) car, à ses yeux, tout fait, le plus anodin qu’il soit ou  qu’il paraisse à première vue, est toujours gros de faits plus grands, voire même de faits tragiques à venir.

Dans le même ordre d’idées, se conçoit  bien aisément  qu’on ne saurait   non plus nullement prétendre lui imposer des points limite, des points d’arrêt. S’arroger impunément de lui indiquer, et sous prétexte d’inviolabilité, des seuils sacrés infranchissables, dont il s’agirait pour elle, et à tout prix, de s’écarter. Car, si elle obtempère, croyez-le, elle risque d’orgueil (malheur!) de s’arrêter à tout jamais.

La vérité hélas! c’est que tout est lié, bon Dieu! et, qu’on en soit conscient ou non, la balance qui nous sert à peser tel fait jugé infime est la même  qui nous sert à en peser d’autres jugés, eux, d’une profondeur notable, significative. Et ça, ne l’enseignait-il point déjà, le vieil adage? Et ce, depuis longtemps? Il nous prévient en tout cas : Qui vole un œuf, nous dit-il, volera, et à coup sûr, un bœuf ! (Intéressant, hein, à tout point de vue, ce dicton?) Oui, voilà ce qu’il nous dit. Et ça, à mes yeux, n’est que l’évidence même!

À ceux-là  dont le trop plein d’émotion et la sympathie, même justifiée,  entravent  le discernement et la raison, on ne saurait donc trop recommander la vigilance et la distance. Distance vis à vis de soi et ce pour se rendre apte, le cas échéant,  à mieux apprécier les faits, à mieux appréhender les enjeux. Distance d’autant plus nécessaire que nous ne laissons d’être chez nous la proie de réflexes  profondément ancrés : le “sa pa pi mal non”,  pire!, le “anyen pa rèd”! Lesquels réflexes s’avèrent, avouons-le,  éminemment pernicieux et destructeurs.

Cela dit, vite dégagé, vous vous attendez donc un peu à la phrase qui va suivre (Dois-je l’énoncer? J’ai peur! Je vais me faire, maman, traiter une fois de plus d’envieux, de clanique, d’arrogant!). Oui, dois-je l’énoncer? Je me mets tranquillement debout. Regarde de droite, de gauche, un peu suspicieusement. Respire à plein poumons. Tant pis! Je me jette vaillamment, oui,  hardiment à l’eau. Me revoici, ami, l’index levé: JE PERSISTE ET JE SIGNE!

Posted in Réflexions | Comments Off